lundi 5 novembre 2018

Attributs des saints - Louis Bréa, Retable de Saint Nicolas (1500) - Cathédrale de Monaco (3/3)


Regardons maintenant en bas à gauche du Retable de Saint-Nicolas
là où Louis Bréa peint deux saintes, sainte Barbara et sainte Dévote, 
et deux saints, saint Michel et saint Stéphane.


Les noms des saints sont inscrits en dessous de leur image. 
Comme souvent, dans le Retable de Saint-Nicolas ces inscriptions viennent seulement confirmer l’identité des saints, autrement reconnaissables grâce à des attributs qui leur sont spécifiques. Une partie de ces attributs sont très anciens, comme c'est ici le cas du dragon de saint Michel. 


La plupart des attributs des saints - sauf quelques attributs anciens comme les symboles des évangélistes, le dragon de saint Michel ou les clefs de saint Pierre - ont fait leur apparition durant la seconde moitié du XIIe siècle dans les manuscrits enluminés, ainsi que dans les sculptures des cathédrales de l’Ouest de la France (car dans ces constructions monumentales les inscriptions étaient difficilement lisibles).

Ensuite, « les attributs sont devenus un élément constitutif de l’iconographie des saints dans le courant du XIIIe siècle [...] avant tout dans le Nord de l’Europe ». Le but des ces attributs était non seulement de faciliter l’identification des saints, mais aussi « de fixer dans la mémoire des fidèles les hauts faits de l’histoire sainte [...], et de susciter chez les fidèles un sentiment de componction à la vue des souffrances endurées par le Christ et ses serviteurs » [1].


En rappelant des faits marquants de leur vie ou de leur martyre, les attributs des saints permettaient aussi aux croyants illettrés d’identifier les saints peints ou sculptés d’une église.

Dans le Retable de Saint-Nicolas, Louis Bréa peint ainsi
  • saint Jean-Baptiste accompagné de l’agneau portant une croix :
  • sainte Marie-Madeleine avec une très longue chevelure et portant un vase de parfum ;
  • saint Laurent avec la dalmatique, vêtement liturgique du diacre, et tenant un gril, symbole de son martyre ;
  • sainte Brigitte avec un livre et une plume (qui porte une petite croix rouge) ;
  • sainte Marina « hissée sur un dragon » ;
  • sainte Barbara avec une tour aux trois fenêtres et la palme du martyre ;
  • saint Bernard de Menthon avec un diable enchaîné à ses pieds.

Saint Stéphane, alias saint Étienne - à droite de l’image ci-dessus -, porte la dalmatique, car il est considéré comme le premier diacre. 
Saint Stéphane est aussi le premier martyr de la chrétienté et il tient dans sa main la palme du martyre. 
La pierre qui frappe sa tête rappelle sa mort par lapidation.

Saint Michel - à gauche, avec des ailes rouges et un manteau vert -, est un des trois archanges majeurs (les deux autres étant Gabriel et Raphaël) et il « était peut-être l'archange le plus populaire de toute la région, celui à qui étaient dédiées le plus grand nombre d'églises » [2].


Dans le retable de Louis Bréa, Saint Michel porte une armure, tient dans sa main gauche une balance à fléau 
et transperce de sa lance un dragon, terrassé à ses pieds.

Nommé aussi « Ange du jugement », saint Michel pèse avec sa balance les âmes lors du Jugement dernier. 
Celle de l’homme agenouillé, les mains jointes en signe de prière, monte vers le haut, 
tandis que l’autre descend, sous les regards effrayés du pécheur.


Avec la lance qu’il tient dans sa main droite, saint Michel transperce un « démon à tête bestiale et corps humain, qui se tord sous ses pieds » [2].

« Il y eut alors une bataille dans le ciel. Michel et ses anges combattirent contre le dragon.
Le dragon et ses anges combattirent aussi, mais ils ne furent pas les plus forts, et il n'y eut plus de place pour eux dans le ciel.
Il fut jeté dehors, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui égare toute la terre ; 
il fut jeté sur la terre et ses anges furent jetés avec lui. »
[Apocalypse 12.7-9]


Dans le panneau latéral, à gauche de saint Michel, est peinte sainte Clara, alias sainte Claire. 
Son nom de naissance était Chiara Offreduccio (1194-1253). Née à Assise, dans une famille de la noblesse, elle a été disciple de saint François d’Assise et elle a été la fondatrice de l’ordre des Pauvres Dames.

Elle est représentée portant la bure (tissu de laine assez grossier) brun foncé des franciscains et tenant dans sa main un ostensoir. Cet objet liturgique rappelle la légende selon laquelle, « lorsque les armées sarrasines de Frédéric II veulent envahir le monastère de San Damiano en 1240 ou 1241, [sainte Claire] se porte au devant d'eux en leur présentant l'ostensoir contenant le corps du Christ, ce qui les repousse » [3].


Dans le coin en bas à gauche du retable est représentée sainte Dévote, 
la sainte patronne de la Principauté de Monaco et patronne principale de la Corse.

Sainte Dévote porte la palme du martyre, car elle a été tuée en l’an 303, 
à l’âge de seulement 20 ans, pour n’avoir pas renoncé à sa foi chrétienne.
 


Le Retable de Saint-Nicolas de Louis Bréa comporte 18 compartiments, dont huit sur les bandes latérales. 
Les dix plus grands panneaux sont encastrés dans un décor en bois sculpté, dans lequel ont remarque les dauphins, autrefois probablement beaucoup plus nombreux dans les eaux monégasques.

Et pour ceux qui se demandent comment ont été choisis les saints représentés sur le retable de Monaco [5], 
voici une explication probable pour l’un d’entre eux :
selon la tradition, saint Blaise intercède dans les cas de maladies de la gorge, surtout lorsque des arêtes y restent coincées. 
Un saint probablement souvent invoqué dans un village de pêcheurs.



Bibliographie sélective

[1] - Charlotte Denoel, L’apparition des attributs individuels des saints dans l’art médiéval, Cahiers de Civilisation Médiévale, C.E.S.C.M, 2007, 50 (198), pp.149-160.
https://hal-bnf.archives-ouvertes.fr/hal-00865748.

[2] - L.-H. Labande, Les Tableaux de la Cathédrale de Monaco peints par Louis Bréa, Journal de Monaco, 1912, n° 2831, pp. 153-155.
https://journaldemonaco.gouv.mc/Journaux?year=1912.

[3] - https://fr.wikipedia.org/wiki/Claire_d’Assise.

[4] – http://www.pointdevue.fr/histoire/sainte-devote-la-martyre-de-monaco_4683.html

[5] - L.-H. Labande, Les Tableaux de la Cathédrale de Monaco peints par Louis Bréa, Journal de Monaco, 1912, n° 2838, pp. 186-187.
https://journaldemonaco.gouv.mc/Journaux?year=1912.